Je repensais à cela ce matin à la sortie de la messe, après avoir fait une foule de saluts ; tout le monde se connaît à cette messe ! Nous remontions à pied la rue de Courcelles, Guy et moi en avant, car nous trottons beaucoup plus vite que ma tante et Madeleine. J’étais plongée dans mes réflexions ; lui s’en est aperçu, et m’a dit :

— Comme vous êtes silencieuse, petite Arlette ! Qu’avez-vous donc ?

Avant d’avoir pu me reconnaître, je m’étais écriée déjà :

— Guy, pourquoi venez-vous à la messe ?

— Pourquoi j’y vais ? Comment, c’est une bonne chrétienne comme vous qui me demande pareille chose ?

— Alors, vous n’y venez pas seulement pour nous retrouver ? Ah ! tant mieux !

— Décidément, petite Arlette, vous avez une triste opinion de mes sentiments religieux. Déjà, à Kergoat, vous me l’avez montré. Savez-vous que je suis peu flatté de me voir si sévèrement jugé ?… Et pourquoi ? Puis-je vous le demander ?

Je lui ai dit toutes les idées qui trottaient dans mon cerveau à ce sujet. Il m’écoutait sans répondre, mais très attentif, n’ayant pas du tout l’air moqueur ; je l’ai seulement entendu murmurer, en mordant sa moustache :

— Qui aurait imaginé tant de perspicacité dans un cerveau de fillette !

Puis, toujours sans se moquer, je suis sûre, avec ce sourire que j’aime bien lui voir, il a fini tout haut :