— Eh bien, Arlette, puisque vous jugez que j’aurais fortement besoin de me convertir, faites-moi, de temps en temps, la charité d’un bout de prière, et, grâce à vous, je deviendrai peut-être un peu moins mécréant. Est-ce trop demander ?
— Oh ! non ! ai-je dit avec tant d’ardeur qu’il s’est mis à rire franchement, cette fois.
— Ne croirait-on pas entendre Monique et Augustin ! Aussi, grâce à vous, petite Arlette, me voilà peut-être en passe de devenir un saint.
— Oh ! Guy, ne devenez pas un saint tout de suite. Les saints ne dansent pas, et, dans le monde, j’aime mieux danser avec vous qu’avec n’importe quel autre !
— Soyez tranquille, jeune personne frivole, l’heure de ma conversion absolue n’est, sans doute, pas encore sonnée.
Là-dessus, nous nous sommes dit adieu. Nous étions malheureusement arrivés… Guy nous quittait pour tout l’après-midi, car il allait à son cher concert du Conservatoire.
16 décembre.
Eh bien, nous aussi nous y sommes allées, au Conservatoire, et j’y ai passé l’un de ces après-midi qu’on n’oublie pas ! Après le déjeuner, ma tante ayant à écrire à Charlotte, qui est toujours à Florence, dans le bleu, avec son Pierre, nous a offert, à Madeleine et à moi, d’assister à ce bienheureux concert sous la très respectable protection de miss Ashton. Et sur le coup de deux heures, nous avons surgi à nos places, au grand étonnement de Guy. Madeleine s’est comportée comme un amour. Elle m’a fait asseoir près de lui pour que je pusse, à mon aise, lui confier mes impressions musicales, a-t-elle déclaré. Et je n’y ai pas manqué…
Une chose m’a étonnée de lui tout d’abord : c’est qu’il suivait sur la musique le concerto de Grieg, joué par l’orchestre, au lieu d’écouter seulement !… Cela m’aurait gâté mon plaisir, à moi, de penser même que ces sons délicieux jaillissaient de tous ces petits signes noirs… Je le lui ai dit. Il a ri un peu et m’a répliqué :
— Que vous êtes donc faite pour avoir des ailes, Arlette !