— Ma pauvre petite, ils ont autant de peine que vous à le découvrir, croyez-le… Que pourrais-je bien être, moi, par exemple ?… Je vous assure que plus je vais, et plus il y a de jours où je me le demande… En attendant, je tâche de gaspiller mon temps le moins possible. Je tâche de rendre ma vie aussi intelligente que je le puis : je lis, je peins, je fais de la musique. C’est une existence de sybarite, je le sais bien. Mais il faut être un peu indulgent, Arlette, pour ceux qui ne sont pas obligés de gagner leur pain de chaque jour. A cause de cela, ils valent souvent moins que d’autres, et ce n’est pas absolument leur faute…
— Guy, est-ce que je vous ai fait de la peine en vous parlant ainsi ?… Je vous en supplie, pardonnez-moi !… Mon opinion ne signifie rien du tout… Je ne peux pas juger comme les grandes personnes !
— Et c’est pourquoi vous êtes une conscience vivante. Vous pardonner, enfant ? Quoi ? D’avoir raison en méprisant les oisifs ?… Enfin ! j’espère qu’un jour viendra pour moi de n’être plus rangé parmi ceux-là… Alors, petite Arlette, vous aurez le droit de vous dire que vous avez été pour beaucoup dans ma transformation. Oui, pour beaucoup !… Je ne pourrai pas oublier le conseil tombé de votre bouche de petite fille…
Était-ce excellent à lui de me parler de la sorte ? J’en étais tellement heureuse que j’ai murmuré un : « Merci, Guy ! » où j’ai mis tout mon cœur. Mais je pensais à tant de choses, qu’ensuite je suis restée muette, contemplant le feu que je ne voyais pas, ou le visage de Guy toujours très sérieux, presque grave. Lui non plus, mon grand ami, ne parlait plus. Nous étions délicieusement dans ce silence…
Par malheur, ma tante est rentrée tout encapuchonnée, prête à partir, et s’est écriée, nous trouvant ainsi :
— Quel calme ! Comment ! Arlette ne cause pas ?
C’est Guy qui a répondu de son accent habituel, avec une pointe d’ironie :
— Nous réfléchissons, à la suite d’une conversation philosophique que nous venons d’avoir.
— Philosophique ? Rien que cela ? Tu me la raconteras en route. Partons.
Guy a répété :