— Partons, je suis tout à tes ordres.

Il s’est levé. Il a dit adieu à Madeleine, qui était rentrée avec sa mère, et à moi en dernier… Et comme il tenait ma main, il s’est penché très bas et me l’a baisée.

— Oh ! Guy, quelle cérémonie ! a fait ma tante, étonnée.

— C’est un hommage que je rends à la sagesse, Louise.

Et ils sont partis.

J’étais contente, contente !… Mais je ne comprends pas très bien pourquoi.

16 janvier.

Oh ! cette Jeanne d’Estève, pourquoi est-elle si jolie ? Pourquoi la rencontrons-nous partout ? Pourquoi ma tante et Madeleine la trouvent-elles tant à leur goût ? Pourquoi ma tante paraît-elle charmée quand Guy est auprès d’elle, quand il cause, ou danse, ou encore patine avec elle comme hier ?… Moi, au contraire, je déteste les voir ensemble ; je déteste même l’idée qu’ils se rencontrent presque tous les soirs dans le monde, car Mme d’Estève connaît tout Paris et n’est chez elle que quand elle reçoit, quand elle est malade, ou encore le matin… C’est Guy qui nous l’a raconté.

Mais lui, que pense-t-il de cette Jeanne que tous déclarent si charmante ? Mon Dieu, qu’ils le déclarent donc souvent !… Quelquefois, j’ai une envie folle de le lui demander. J’ai dans l’esprit, sur les lèvres, les mots que je vais dire, et puis, au moment de parler, ma gorge se serre, et elle arrête ma question au passage. Comme elle me brûlait encore la bouche, cette question, hier même, quand Guy est venu me demander de patiner avec lui, après l’avoir fait longtemps avec Jeanne, être resté auprès d’elle pendant qu’elle buvait son thé, bien lentement, sous prétexte qu’elle le trouvait trop chaud ! Mais Guy m’a dit gentiment :

— A nous maintenant, ma petite amie. J’ai rempli tous mes devoirs de politesse, je puis songer à mon plaisir !