— Mais, oui, avec un très grand plaisir.
Elle était partie, enfin ! Mais pourquoi m’avait-elle laissé cette idée que, demain, ils se retrouveraient, qu’ils causeraient comme aujourd’hui, et qu’après-demain, toujours, ce serait la même chose ! Et je ne pouvais rien, moi, toute faible, pour empêcher cela ? Je l’amuse seulement, Guy ! Elle l’a dit : je suis sa poupée, c’est-à-dire une petite chose qui n’aime ni ne pense, sans cœur, sans esprit, sans âme, sans rien, qu’on laisse ou qu’on prend selon son bon plaisir…
J’aurais voulu crier à Guy : « Ne m’abandonnez pas tout à fait pour elle ! » Et pourtant, jamais ma bouche n’aurait pu, en ce moment, prononcer de telles paroles. J’avais, tout ensemble, peur et envie qu’il lût en moi comme il le fait si vite, et pour retarder ce moment, je causais avec tout le monde, le fuyant, lui…
Il allait partir. J’avais rencontré plus d’une fois ses yeux qui m’interrogeaient. J’ai entendu sa voix me demander un peu bas :
— Qu’avez-vous donc, Arlette ?
Alors, je ne sais quel mauvais démon m’a poussée. Sans le regarder, j’ai répondu avec un rire que j’entends encore :
— Mais, rien ! Que voulez-vous que j’aie ?
Et je me suis sauvée dans ma chambre. J’ai caché ma tête dans mon mouchoir et j’ai pleuré, pleuré, pleuré…
Même soir, 11 heures.
Probablement, j’avais les yeux encore abîmés par mes larmes, à l’heure du dîner, car ma tante s’est étonnée de ma triste mine. Bien entendu, je lui ai dit tout bonnement que j’avais mal à la tête… Et c’était vrai, père, je vous assure. Mais mon cœur me faisait bien plus mal que ma tête. Quand nous sommes remontées dans nos chambres, Madeleine et moi, je me suis assise au pied de mon lit, l’esprit tout plein de pensées désolantes… Je revoyais toujours cette Jeanne si jolie, si aimable avec Guy, tandis que moi, j’avais été tout à fait maussade… Et j’avais tant de regret de ne pouvoir me réconcilier avec lui !