— Ah çà, Guy, veux-tu m’expliquer pourquoi tu bondis de la sorte, absolument comme s’il s’agissait de te marier, toi ? C’est pousser bien loin l’antipathie des « justes noces ».
— Je ne bondis pas, fit-il, prenant et reposant d’un geste impatient une fine statuette d’ivoire. Mais je ne m’attendais pas à voir la pauvre petite Arlette mise, dès maintenant, en demeure d’entrer en ménage… et sous les auspices de Mme Harvet, une enragée marieuse qui ne peut voir un célibataire sans être incontinent saisie du besoin d’attenter à sa liberté ! Tiens, Louise, je ne comprends pas qu’une mère de famille comme toi accorde une seconde d’attention à un pareil projet ! Arlette est encore une enfant… Quand son heure sera venue, elle rencontrera sûrement un épouseur sur sa route, séduisante comme elle l’est !
— Oui, mais séduisante sans dot, ce qui diminue fort la séduction, interrompit Mme Chausey, les sourcils un peu froncés.
Quelle lubie prenait donc à Guy de s’insurger ainsi contre un projet qu’il ne connaissait qu’en principe, dont il ignorait les détails ?
— Les hommes désintéressés sont rares. Nous le savons tous, hélas ! et Arlette est absolument sans fortune. Ce mariage serait pour elle une chance inespérée. Aussi en ai-je parlé à son père, ne voulant rien entreprendre sans son assentiment, et…
— Et tu as cet assentiment ?
— Oui, je vais te montrer sa lettre.
Elle se leva et se mit à chercher parmi les papiers serrés dans son secrétaire. Guy, distraitement, considérait la flambée du foyer, les lèvres assombries, un pli inaccoutumé creusant son front.
— Comment se fait-il, Louise, que jusqu’ici tu ne m’aies jamais parlé de tes intentions matrimoniales à l’égard d’Arlette ?
— Tout bonnement parce que je n’en avais pas l’occasion. Ah ! voici la lettre.