— Un homme de bon sens qui surveille de près l’exploitation de ses terres et y mène une vie large, car il a une certaine fortune.
— Et il prendrait une femme qui n’en a point ? interrompit Guy railleusement. Il est donc borgne, manchot, ou quelque chose d’approchant ?
— Pas le moins du monde. Si je m’en rapporte aux renseignements élogieux que j’ai sur son compte, Arlette trouverait en lui un excellent mari.
Guy s’inclina…
— Parfait… Ainsi, ce travailleur modèle est désintéressé sans y être obligé.
— Il est veuf, expliqua Mme Chausey.
— Et vieux ! C’est complet !
— Non, il n’est pas vieux. Il a trente-deux ans, et ses enfants sont tout jeunes. Il les adore, et c’est à cause d’eux surtout qu’il désire se remarier. Il souhaite rencontrer une jeune fille douce et simple qui ne redoute point de demeurer toujours à la campagne… Vraiment, Guy, je ne te comprends pas ! A te voir et à t’entendre d’ordinaire, on croirait que tu portes un intérêt sincère à Arlette, et aujourd’hui qu’il s’agit pour elle d’une question d’avenir, tu ne songes qu’à railler !
Elle s’arrêta, réellement mécontente de l’attitude de son frère, dont le motif lui échappait, à supposer qu’il en eût un. Mais leurs regards se croisèrent, et ensemble, l’esprit détendu, ils se mirent à rire.
Guy se pencha vers Mme Chausey et caressa d’un baiser fraternel ses cheveux ondés, ainsi qu’il aimait tant à le faire quand il était petit garçon.