— Louise, ne m’en veux pas. Je suis persuadé que tu ne songes qu’au bonheur d’Arlette ; mais j’avoue que l’idée me semble tout à fait bizarre de vouloir faire une femme et une belle-mère de notre petite amie. Que dit-elle, l’enfant, de cette proposition ?
— Je ne lui en parlerai pas jusqu’à nouvel ordre. Il est inutile de mettre sa jeune cervelle en ébullition, si les choses doivent en rester là.
— Sagement raisonné ! approuva Guy. Mais, malgré son accent de badinage toujours un peu railleur, sa voix résonnait sans gaieté.
Il se leva, fit au hasard quelques pas dans la pièce, la physionomie pensive, presque sombre ; puis il s’arrêta, et changeant de ton :
— Il faut que je te quitte, Louise ; j’ai, à quatre heures, une séance d’escrime.
Il ne poursuivit pas. Dans le tréfonds de sa pensée, une voix impitoyable lui criait la frivolité des occupations qui remplissaient ses heures. Chose étrange, jamais il n’en avait eu plus souvent conscience que depuis sa conversation avec Arlette sur l’obligation morale du travail. Tout à l’heure, il avait raillé cet inconnu qui vivait tout adonné au soin de ses propriétés ; cet homme, pourtant, n’était pas une unité négligeable dans l’espèce humaine, un clubman dilettante, fuyant tous les jougs…
La voix de sa sœur le fit tressaillir :
— Puisque tu as encore du temps devant toi, Guy, attends-moi ; nous sortirons ensemble. Je m’habille tout de suite. Arlette va venir me prendre.
— Elle est déjà sortie ?
— Naturellement… Plus elle s’agite, plus elle est satisfaite. Elle est allée conduire Madeleine à son cours de philosophie, et, comme la philosophie lui paraît trop austère, elle n’assistera pas à la conférence. Nous irons toutes les deux faire quelques courses, et ensuite nous recueillerons Madeleine, saturée de philosophie. Veux-tu sonner pour qu’Adèle vienne m’habiller ? Dans un moment, je suis à toi…