— Fâché ?… Pourquoi serais-je fâché ?
— Parce que je vous ai dit que vous étiez crin !
Malgré lui, il sourit, si peu qu’il en eût envie, amusé du contraste entre l’expression familière dont elle se servait et le sérieux de sa physionomie anxieuse.
— Certes, non, je ne suis pas fâché. Si quelqu’un avait le droit de l’être, ce serait plutôt vous, car, je le reconnais, — humblement, — j’ai, sans le vouloir, mérité tout à fait le reproche que vous m’avez adressé. J’en suis très confus… Ne me pardonnez-vous pas, Arlette ?
Pour toute réponse, elle lui jeta les deux mains… Une seconde, il les garda dans les siennes, étreint d’un sourd désir de les porter à ses lèvres, de les baiser longuement, ces petites mains sur lesquelles personne encore qu’elle-même n’avait de droits. Pourtant, il les laissa retomber sans que sa bouche les eût effleurées…
Contente, elle s’écriait :
— Alors, nous sommes réconciliés ! Vous ne me direz plus de choses dures quand je vous confierai mes suppositions… au sujet des idées de ma tante ? Vous ne me gronderez plus ?
— Je ne vous gronderai plus, si tant est que je vous aie jamais grondée ; je souhaite de tout cœur que vos espérances se réalisent pleinement. Êtes-vous satisfaite de moi ?
— Très satisfaite, mon grand ami !
Ces deux mots tombèrent très doux de ses lèvres, en dépit du ton drôlement solennel qu’elle leur donnait exprès ; et à l’accent de cette voix jeune, une fibre secrète tressaillit dans le cœur de Guy.