— J’ai bien envie d’aller tantôt voir où en sont les palmiers des serres de l’Acclimatation. Veux-tu m’accompagner, Arlette ?

— Avec un très grand plaisir, tante, si je ne vous dérange pas ! fit-elle, tout de suite séduite par la proposition. Elle aimait bien à sortir avec Mme Chausey, toujours très affectueuse pour elle.

— Alors c’est entendu… Puisque Madeleine a aujourd’hui son cours de chant, nous irons toutes les deux seules admirer les palmiers.

Et les choses ayant été ainsi arrangées sans éveiller le moindre soupçon chez Arlette, elle et sa tante s’en furent, une heure plus tard, vers le Jardin d’Acclimatation.

L’après-midi étant fort peu avancé, la serre était presque déserte. Mme Chausey l’enveloppa d’un rapide coup d’œil. Quelques promeneurs solitaires arpentaient le sable fin des allées ; d’autres occupaient quelques-uns des bancs… Parmi ces derniers, les yeux vifs d’Arlette découvrirent au premier regard un visage connu.

— Ah ! tante, Mme Harvet !… Quel ennui ! Nous étions si tranquilles toutes les deux !…

Mme Chausey étouffa cette malencontreuse remarque sous un « chut ! » rapide, et Arlette, troublée dans son plaisir par cette rencontre, la suivit sans enthousiasme aucun.

Mme Harvet, les ayant aperçues, s’avançait, la mine épanouie.

— Chère madame, quel heureux hasard ! Combien je suis charmée de vous voir !… et Mlle Arlette aussi !… Bonjour, ma bonne petite. Chère madame, permettez-moi de vous présenter…

Elle se retourna. Mais personne n’était auprès d’elle : Assis sur le banc qu’elle venait de quitter, il y avait un homme jeune, très gros et très grand, qui considérait le sable d’un air absorbé.