En elle-même, Mme Chausey se demanda avec inquiétude :

— Est-ce que ce serait là l’objet en question ?… C’est un vrai colosse !… Et qu’il a l’air champêtre !

Comme si elle eût deviné cette muette question, Mme Harvet, toujours jubilante, se précipitait vers le très robuste étranger.

— Monsieur Amelot, voulez-vous venir, que je vous présente à Mme Chausey et à sa nièce, Mlle Arlette Morgane.

Le gros homme se leva aussitôt, si vite que sa canne roula sur le sable, et, dans le mouvement qu’il fit pour la rattraper, il culbuta une chaise près de lui. Prestement, d’un geste instinctif, Arlette avait déjà relevé la canne arrivée à ses pieds, tant il lui semblait difficile que ce volumineux personnage pût se baisser jusqu’au sol pour reprendre son bien.

— Oh ! mademoiselle, je vous demande bien pardon, bredouilla-t-il d’un ton tout à la fois confus et vexé. Et il saisit sa canne.

— M. Amelot, présentait Mme Harvet, que la scène n’avait nullement désarçonnée ; le fils d’une de mes bonnes amies, un habitant de l’Anjou…

Cette fois, M. Amelot salua sans encombre, quoique gauchement. Il était d’aspect fruste, la peau colorée, sous des cheveux blond roux poussés drus sur un front bas, et un air de suffisance extrême s’alliait bizarrement avec son aspect rustique.

— Voulez-vous que nous nous asseyions là un instant ? proposa Mme Harvet. Il fait délicieux, dans cette serre ! Vous la connaissiez, n’est-ce pas, monsieur Amelot ?

— Oh ! non, madame. Jamais, pendant mes voyages à Paris, je n’ai de temps à y venir perdre !