Arlette eut un regard étonné vers le géant, — comme tout bas elle l’avait baptisé, — car il venait de répondre sur un ton brusque qui n’était point d’une politesse raffinée. Mme Chausey intervint, voulant remplir en conscience son rôle maternel :
— Vous venez souvent à Paris, monsieur ?
— Le moins que je peux, madame. Je m’y déplais carrément. L’air y est malsain. On y sent mauvais !… A chaque tournant de rue, on risque d’y être écrasé, même par des bêtes efflanquées… On y mange mal, le vin y est frelaté. Oh ! diable non, je n’aime pas Paris… surtout quand j’y suis, comme en ce moment, avec mes enfants ! Aussi je n’y viens guère que pour le concours agricole, ou quand j’y suis forcé. Cette fois, j’avais besoin de machines aratoires, j’en ai trouvé de magnifiques. Il y a de nouveaux modèles qui sont étonnants ! L’industrie fait vraiment de merveilleux progrès !…
Mme Chausey eut un geste vague d’acquiescement. Les progrès de l’industrie, quant aux machines aratoires, la laissaient complètement froide, et ce campagnard commun lui paraissait tout à fait déplaisant.
— Ah ! voici les enfants ! s’exclamait à ce moment Mme Harvet. Ces deux petits n’ont en tête que de monter sur le chameau ; pour leur faire prendre patience, leur bonne les promenait devant les perroquets !
Et, profitant de ce que M. Amelot tournait la tête vers sa progéniture, elle glissa, toujours ravie, à Mme Chausey :
— C’est un homme superbe, n’est-ce pas ?
— Oui, il est de belle taille, dit évasivement Mme Chausey, dont l’opinion était faite.
— Et ses enfants sont aussi remarquables que lui. Regardez-les !
Certes oui, ils valaient la peine d’être regardés. Ils étaient extraordinairement gros et gras, leurs joues écarlates : le garçon, pareil à un petit bonhomme de baudruche dans son long paletot tombant presque jusqu’à ses talons ; la fillette, habillée d’une robe bleu vif qui faisait paraître plus volumineuse encore sa courte personne.