Et en elle-même Mme Chausey, saisie, murmura :

— Mais ce sont de vrais monstres ! On pourrait les montrer dans une foire, en tant que phénomènes de grosseur !

C’étaient, en même temps, des phénomènes sauvages, car lorsque Mme Harvet entreprit de les approcher pour les présenter à Mme Chausey, le garçon se mit à pousser des cris perçants, et la petite, à lancer des coups de pied dans le vide. Le père cependant les contemplait d’un œil paisible et complaisant :

— Ils n’ont pas l’air chétifs, n’est-il pas vrai, madame ? et ils savent se servir de leurs poumons et de leurs membres ! Allons, restez tranquilles, mes agneaux. Obéissez à votre père chéri.

Mais le père chéri ne savait sans doute pas le secret de faire respecter son autorité en toute circonstance, car le gros Félix continua ses hurlements, et la petite ses ruades vigoureuses, tout en marmottant sur une note gémissante :

— Je veux aller sur le chameau !… tout de suite sur le chameau !

Ce que voyant, Mme Chausey prit le parti de ne plus s’occuper d’eux. Arlette, curieuse, les examinait. Les enfants de Douarnenez n’étaient pas, à beaucoup près, aussi sauvages avec elle que ces deux jeunes produits de l’Anjou.

— Quels superbes enfants, n’est-ce pas, mademoiselle ? répéta de nouveau Mme Harvet, qui ne semblait pas soupçonner l’effet produit par ses protégés.

— Ils paraissent d’une santé magnifique, dit Arlette sans enthousiasme. Mais ne peut-on jamais les approcher sans leur être aussi désagréable ?

Avec un sourire bienveillant, M. Amelot expliqua d’un ton sentencieux :