— Nous avons reçu la dépêche nous annonçant la… triste nouvelle, et je suis venu vous exprimer toute notre sympathie pour votre malheur, pour celui d’Arlette.

Elle enveloppa le jeune homme d’un coup d’œil perçant. Si la mort de son mari avait éveillé quelque réelle émotion dans son âme glacée, en cet instant, à coup sûr, elle n’éprouvait plus qu’une sourde irritation de l’arrivée inattendue de Guy de Pazanne, parce que, avec la clairvoyance de sa jalousie, elle devinait tout de suite qu’il était à Douarnenez non pas pour elle, ni pour ses enfants, mais pour Arlette seule !… Et du même ton rogue, elle répondit :

— Vous êtes bien honnête, monsieur, d’être venu de Paris pour assister au deuil de mon mari, dont la mort sera un grand malheur pour beaucoup… Le service a lieu demain.

C’était presque un congé qu’on lui donnait.

Mais Guy, sans se départir de sa politesse, dit froidement, d’un accent très net :

— Je vous remercie, madame, de vouloir bien m’avertir, et je vous serais, de plus, infiniment reconnaissant de me dire si je puis voir ma cousine Arlette.

— Mon Dieu, je n’en sais rien. Certainement, puisque vous vous êtes dérangé pour elle, ce serait bien le moins qu’elle vous en remerciât… Mais c’est une créature si bizarre qu’elle ne voudra peut-être pas vous voir !… On croirait vraiment qu’elle seule est frappée par la mort de mon mari. Les vivants n’existent plus pour elle. Il n’y a pas moyen de l’arracher d’auprès du lit de son père… J’y ai vainement employé mon autorité. Elle est là à le regarder sans même pleurer comme sa sœur, avec des yeux fixes, ainsi qu’une vraie folle… Enfin, je vais lui faire savoir que vous êtes ici et qu’il faut qu’elle descende.

— Je vous en prie, madame, ne faites rien de pareil. Veuillez seulement l’avertir de mon arrivée… Elle me recevra si elle le désire…

Mme Morgane eut de nouveau un regard singulier où il n’y avait pas un atome de bonté.

— Que de cérémonies pour une enfant !… Allez la trouver, ce sera bien plus simple… Excusez-moi seulement si je ne vous conduis pas… j’ai beaucoup de pénible besogne aujourd’hui…