Reconnut-elle sa voix ?… Fut-elle seulement arrachée à sa torpeur ?… Elle se détourna un peu. Dans le cadre de la porte, il était resté, sa grande taille découpée en sombre.

— Guy !… Ah ! mon Dieu ! Enfin, vous voilà !

Elle se dressa, et jetée par un élan d’enfant en détresse, elle vint s’abattre dans les bras de Guy, qui l’entourèrent… Et elle y demeura sans un mot, sans pensée, sans larmes, toute brisée.

— Arlette, ma pauvre petite enfant chérie ! murmura-t-il, sentant quel besoin elle avait, à cette heure, d’être entourée d’affection.

Sourdement, elle dit, d’un accent de désespoir passionné :

— Guy, je l’ai perdu !… Est-ce que c’est possible qu’il ne puisse plus me parler, m’embrasser, m’écouter, qu’il ne sente plus mes baisers ?… Guy, je ne puis pas supporter cela !… C’est trop horrible !… J’aime mieux mourir avec lui… Oh ! que je voudrais mourir !

Elle parlait d’un ton bas et haletant. A la lueur des cierges, il apercevait son pauvre petit visage creusé où les yeux secs flambaient, grandis encore par une sorte d’effroi devant l’inexorable malheur… et, de nouveau, il répéta avec une extrême tendresse :

— Arlette, ma très chère petite amie !…

Le regard perdit un peu de sa fixité. Mais, serrant la main de Guy, elle reprit du même ton de douleur farouche :

— J’ai été une mauvaise enfant… Je l’ai quitté… J’ai pu être contente et gaie loin de lui… Le bon Dieu m’a punie… Il ne m’a pas écoutée quand je le suppliais pour obtenir sa guérison… Il me l’a repris… pour toujours !… Et moi qui, hier matin, le croyais mieux !… Tous, ici, paraissaient penser comme moi, quoiqu’ils disent aujourd’hui que c’était la fin… Moi, je n’ai rien deviné… Il m’a encore appelé « Arlette ! » et je n’ai pas compris que c’était pour la dernière fois !… Maintenant, personne ne me donnera plus mon nom — comme il le disait !… Et je l’ai mérité…