Elle frissonna ; sa voix s’étouffait dans sa gorge.

— Je vous en supplie, fit Guy, lui parlant très doucement comme à un enfant dont on veut engourdir l’angoisse, ne vous faites pas de pareils reproches !… Je vous jure, moi qui ai vu les lettres de votre pauvre père à ma sœur, que vous réalisiez son désir même en restant parmi nous… Soyez sûre aussi, ma chère petite enfant, que vous entendrez encore prononcer votre nom par… ceux qui vous aiment, comme le disait votre père… Croyez-moi, Arlette !…

Y avait-il donc, dans l’accent de Guy, quelque chose de l’accent d’Yves Morgane parlant à son enfant tant aimée ? En l’entendant, elle tressaillit toute… et puis, soudain, des larmes, les premières depuis son malheur, ruisselèrent sur ses joues blanches, tandis qu’un sanglot déchirait sa gorge… Alors, ce fut comme si le sceau posé sur sa douleur eût été brusquement rompu… Elle se mit à sangloter follement, tordant ses petites mains, d’angoisse… Tout bas, elle parlait à son père, lui donnant les noms tendres qu’elle lui prodiguait la veille encore, mais trop brisée pour aller de nouveau se jeter au pied du lit, pour y demeurer les yeux éperdus, arrêtés sur le visage chéri qui ne vivait plus. Au milieu de sa souffrance, elle éprouvait pourtant une douceur à le sentir, lui, Guy, auprès d’elle, tenant dans les siennes sa main glacée, à l’entendre lui parler de son père avec une sympathie émue, à écouter les mots d’affection qui faisaient sa détresse moins affreuse et lui montraient à quel point elle était comprise par son ami…

Pas plus qu’elle il n’avait conscience du temps écoulé… et il tressaillit au bruit de la porte qui s’ouvrait devant Mme Morgane suivie de Mlle Catherine, aussi blanche que la coiffe qui nimbait son front. Derrière elle, Corentin s’était glissé dans la pièce, au chevet de son père. Du seuil de la chambre, Mme Morgane embrassa d’un regard le groupe formé par sa belle-fille et par Guy.

— Monsieur de Pazanne, fit-elle à demi-voix au jeune homme, lui montrant la vieille demoiselle agenouillée près du lit, Mlle Catherine désire vous offrir l’hospitalité. Je pense qu’Arlette voudra bien vous rendre la liberté.

Mlle Malouzec entendit-elle ? Tout de suite, elle se releva, faisant signe au jeune homme de la suivre dehors. Mais Arlette avait vu son mouvement, et, devenue plus pâle encore, elle murmura, suppliante :

— Oh ! Guy, vous allez revenir ?

— Oui, ma chérie, je reviendrai…

— Pourquoi partez-vous ?… C’est horrible, quand vous n’êtes pas là !

— Parce que Mme Morgane finirait par trouver… indiscrète ma présence ici… Mais…