Il n’acheva pas… Il venait de rencontrer de nouveau les yeux perçants de Mme Morgane arrêtés sur Arlette avec une expression si dure que, dans l’intérêt même de la pauvre petite, il comprit qu’il devait maîtriser la tentation qui l’étreignait de demeurer auprès d’elle aussi longtemps que sa présence lui ferait du bien.

Mais il avait horreur de l’abandonner ainsi toute seule dans cette chambre funèbre, et, suppliant, il lui demanda de se laisser emmener un peu par Mlle Catherine. Tout de suite, elle secoua la tête, son mince visage redevenu farouche :

— Non, je ne veux pas le quitter… Est-ce que, demain, je ne le quitterai pas pour toujours ?

Sa voix semblait un souffle échappé de ses lèvres blêmies, et elle avait l’air tellement épuisée que Mlle Catherine murmura à Guy :

— Elle n’en peut plus. Si vous avez quelque influence sur elle, usez-en pour l’emmener de cette chambre. Vous réussirez peut-être mieux que moi à la décider.

Il se rapprocha de l’enfant, pâle comme une jeune morte.

— Vous reviendrez, Arlette ; mais il faut aller vous reposer un peu, reprit-il de cet accent qui avait tant d’empire sur elle. Venez pour avoir la force de demeurer jusqu’au bout auprès de votre pauvre père… sans quoi, demain, vous ne pourrez plus le revoir ; vous serez malade…

Elle eut dans le regard, redevenu sec, une expression d’indicible souffrance ; puis, fermant les yeux, elle murmura :

— Oh ! demain !…

Et, sans un mot de plus, elle glissa, inerte, dans les bras de Guy, ouverts pour l’envelopper.