Il lui parlait du même ton qu’autrefois, bas et tendre, quand il était enfant et voulait obtenir d’elle une faveur suprême… Alors, soudain vaincue, elle posa la main sur cette tête d’homme levée vers elle, du même geste qu’elle avait jadis pour lui, petit garçon, et leurs regards se croisèrent, remplis de l’invincible affection qu’ils avaient l’un pour l’autre. Malgré tout, en dépit de l’écroulement de ses rêves, elle était fière qu’il méprisât ainsi la question d’intérêt pour faire seulement un mariage d’amour.

— Je veux ce que tu veux, Guy, fit-elle lentement. Mais, pourtant, accorde-moi une chose… Attends quelques jours encore pour parler à Arlette… Réfléchis, afin d’être bien sûr de toi… C’est pour son bonheur comme pour le tien.

Il hésita. Attendre ! En aurait-il jamais le courage ?…

— Guy, je t’en prie ! répéta Mme Chausey.

Il sourit de l’air suppliant de sa sœur, puis :

— Soit, fit-il, puisque tu le désires ainsi, ma chère grande sœur, je retarderai le moment d’entrer dans la Terre promise.

XIV

En partant, Guy avait dit à Arlette qu’il reviendrait, et elle l’attendait, confiante… Pourtant, il tardait bien à revenir !… Des jours et encore des jours s’étaient enfuis depuis qu’il l’avait quittée… et quand elle pensait à ces jours, aux derniers surtout qu’elle avait passés sous la tutelle de Mme Morgane, après la mort de son père, elle avait l’impression d’avoir vécu dans un horrible cauchemar… Enfin, grâce à Dieu ! elle sentait maintenant autour d’elle l’atmosphère de chaude affection dont s’efforçaient de l’envelopper le capitaine et Mlle Catherine, avides de ressusciter en elle l’Arlette d’autrefois, ardente et vive, goûtant à la vie comme à un beau fruit savoureux.

A cette heure, elle n’était plus encore qu’une pauvre petite créature toute meurtrie par l’épreuve qui s’était abattue sur elle, soutenue seulement par l’attente inconsciente de quelque chose… Elle ne savait quoi… mais ce quelque chose pouvait bien être le retour de Guy…

Ah ! s’il avait été là, elle n’aurait plus éprouvé cette terrible sensation d’être toute seule au monde dont ne pouvait la délivrer l’affection même de ses vieux amis… Elle eût aussi accepté, sans souffrir autant, de voir toutes les choses renaître sous les premiers soleils du renouveau.