Car le printemps était venu. Les bourgeons s’épanouissaient sur les rameaux gonflés de sève. Des pommiers hâtifs s’étaient couverts d’une neige rose. Une vie nouvelle palpitait dans la terre redevenue féconde, dans l’air tiède, chargé d’indéfinissables senteurs, à travers lequel voletaient les premiers papillons blancs… Et Arlette elle-même subissait la puissance de cette joie mystérieuse épandue sur les êtres et sur les choses, tandis qu’elle errait dans le jardin, écoutant la sonnerie claire des cloches du Samedi saint, qui annonçaient déjà la grande fête de la Résurrection, venue tard cette année-là… Autour d’elle flottait le parfum des violettes dont le jardin était criblé, car elles s’y étaient épanouies par milliers, pressées, embaumantes…

Son père les aimait comme elle, les violettes. Et, frémissante tout à coup, elle se mit à en faire une moisson pour aller les lui porter, là où il dormait depuis de longues semaines déjà. Elle les cueillait avec une sorte de passion ; puis, lassée, elle revint s’asseoir et glissa ses petits doigts dans cet amoncellement de pétales chauds de soleil, songeant à d’autres fêtes de Pâques, si joyeuses que leur seul souvenir la faisait frissonner de l’angoisse des bonheurs irréparablement perdus… Aucun bruit autour d’elle, sauf le chant sonore des cloches ou, par instants, un bruit de voix montant de quelque jardin voisin. Mlle Catherine était dans la petite boutique, et le capitaine recevait une visite quelconque dans la salle basse. Mais, sans doute, le visiteur était parti, car elle entendit M. Malouzec demander à la servante bretonne :

— Où donc est Mlle Arlette ?

Le renseignement fut donné sur une note moins élevée, et la réponse seule du capitaine lui arriva :

— Elle est dans le jardin ? Eh bien, alors, allons la trouver… Vous venez ?

A qui donc parlait-il ? Elle releva la tête avec un sourd battement de cœur, les mains jointes sur sa moisson de violettes. Une ondée de sang était montée à son petit visage, lui rendant soudain tout son délicieux éclat. Le capitaine s’engageait dans l’allée et derrière… Ah ! lui, c’était bien lui ! Guy s’avançait vers elle, devançant son vieil ami ! Elle se dressa, et les violettes ruisselèrent autour d’elle en une pluie parfumée.

— Guy ! Enfin, c’est vous !… Ah ! que vous avez tardé à venir !

D’une voix qui tremblait, il demanda :

— Vous désiriez mon retour, et cela vous fait un peu plaisir de me voir ?

— Un peu !… Oh ! Guy, qu’il y a longtemps que je vous attendais !