— Pourquoi ? fit-elle effarée ; pourquoi ?

— Parce que ce n’est pas l’usage… parce qu’on ne doit pas faire de compliments aux demoiselles bien élevées… D’ailleurs, mon enfant, les jeunes gens disent cela à toutes les femmes qu’ils rencontrent… C’est une bêtise à laquelle il ne faut pas faire attention !

— Une bêtise ?… Alors, capitaine, vous me trouvez un avorton comme Mme Morgane prétend toujours que je le suis ? Oh ! non, ne me dites pas cela !… Je suis si contente de penser que je puis être jolie même étant petite et brune, même en ayant les cheveux ébouriffés ! A Paris, on n’a pas les mêmes goûts qu’à Douarnenez ! Tant mieux !

— Arlette, ma chère enfant, savez-vous que vous êtes abominablement coquette !

— C’est de la coquetterie d’être contente qu’on vous trouve bien ?

— Mais oui ! affirma doctement le capitaine.

— Alors, tant pis ! je suis coquette, car je suis ravie de n’être pas laide comme je le croyais ! Capitaine, ne me grondez pas ; vous seriez tout à fait content comme moi si, depuis votre enfance, vous vous étiez entendu traiter de personne insignifiante, ne valant rien du tout, bonne seulement à faire des sottises et à être grondée ensuite !… Vous trouveriez délicieux d’apprendre que vous n’êtes rien de tout cela, et vous diriez avec moi : « Vive la coquetterie ! »

Et Arlette, de plus belle, se balança triomphalement dans son vaste fauteuil.

Mais au même moment s’élevait dans le jardin une voix de femme, forte et timbrée :

— Dieu juste ! Qu’est-ce que j’entends ? Yves, écoutez-vous votre fille ?… Elle va scandaliser M. de Pazanne.