Elles passèrent lentement, les yeux fixés à terre ou arrêtés sur leur livre entr’ouvert. Derrière elles venaient les garçons de Douarnenez, de Pont-l’Abbé, de Châteaulin, de Plougastel, faisant une garde d’honneur aux bannières déployées bien haut ; et leurs visages avaient une expression sérieuse d’êtres croyants et simples… A leur suite avançaient des vieux ayant conservé le costume des bragou bras, des vieux à mine de chouans, la tête découverte, les cheveux blancs flottant longs sur leur cou ridé. Entre leurs doigts, les premiers égrenaient dévotement leur chapelet, tout en tenant un cierge dont la flamme semblait toute pâle sous l’intense clarté du soleil. Mais les derniers, précédant le clergé, dont les aubes blanches se montraient déjà, en rythmaient la marche lente par le son du biniou et du tambourin ; et les notes grêles se perdaient dans le chant sonore des cloches agitées sans relâche. Enfin, voici qu’apparaissait, élevée sur une sorte de trône, la Vierge miraculeuse qui, sur son passage, faisait courber les têtes bretonnes, — bien plus que celles des étrangers curieux.

Arlette, pieusement, s’agenouilla ; ses cousines s’inclinèrent. Guy continuait à regarder en artiste et en dilettante, insatiable, détaillant le costume des porteuses de la statue. Avec leur haute coiffure criblée de paillettes, leur figure brune et impassible, leur corsage chamarré de broderies, elles avaient un aspect d’idoles indiennes, alors qu’elles défilaient solennelles, dans le bruissement de leurs tabliers de soie à grandes fleurs bizarres qui enveloppaient presque toutes leurs robes blanches à ceinture pendante, couverte d’arabesques d’argent…

D’un pas lourd et cadencé, elles s’éloignaient maintenant. Derrière elles la multitude des pèlerins défilait, cierge et chapelet en main, même les tout petits, empêtrés dans leurs longues jupes ; et le déroulement de la procession se poursuivait sous les arbres, enserrant dans un cercle humain la vieille chapelle, dont les voûtes avaient entendu tant de prières…

— Est-ce que la procession ne va pas revenir ? questionna Charlotte.

— Si, elle repassera une fois encore devant nous ; et puis, ce sera fini !

Ce sera fini ! Une sorte de regret inconscient palpitait dans ces mots d’Arlette. Qu’est-ce donc qui allait finir ? Était-ce seulement le Pardon ? Était-ce la procession qui se rapprochait maintenant, conservant la même allure grave et lente ? N’était-ce pas surtout cet après-midi dont elle sentait confusément qu’elle garderait toujours le souvenir, comme de ces songes enchanteurs qu’elle faisait quelquefois et dont les détails restaient gravés dans son cerveau de fillette ?

— A quoi songez-vous, Arlette ? interrogea Guy, étonné de l’expression pensive qui transformait soudain ce visage d’enfant en un visage de femme.

— Je songe qu’il est bien triste que les heures passent si vite, si vite ! Je voudrais tant que cet après-midi durât longtemps encore !

Avec une curiosité, il demanda :

— Vous aimez à ce point le Pardon ?