— Ce n’est pas le Pardon que je regrette tant de voir finir ; c’est votre visite. Demain, vous partez…
— Oui, demain. Mais nous nous retrouverons, je l’espère bien.
— Vous reviendrez à Douarnenez ? fit-elle incrédule.
— Peut-être bien… pour vous voir !… Mais le mieux serait que vous vinssiez nouer connaissance avec notre Paris, dont nous vous ferions les honneurs comme vous nous avez fait ceux de votre Bretagne !… D’ailleurs, rien que par politesse, vous devez nous rendre notre visite !
— Ah ! si je pouvais ! Je vous assure que je ne me ferais pas prier pour partir !
Il sourit de l’entendre parler aussi ardemment, et, comme Mme Chausey les appelait, il la fit monter dans le break qui devait les ramener par Locronan, la petite ville morte qui, jadis, avait été une importante cité. Aujourd’hui, elle n’avait plus pour elle que le pittoresque de sa vieille église, où était pieusement honoré l’évêque saint Ronan, et de ses quelques hautes maisons de pierre, la plupart à demi croulantes sous la verdure vivace. Ils la visitèrent en touristes infatigables. Puis, comme l’heure avançait, il fallut repartir ; et de nouveau la voiture roula sur la route qui rejoignait la côte entre des haies touffues, embaumées de chèvrefeuille. On devinait la mer, toute proche maintenant, au souffle plus âpre de la brise, à la silhouette plus grêle des arbres, rejetés vers la terre par les éternels vents du large. Et soudain, devant eux, après une dernière courbe du chemin, la baie se déroula dans sa radieuse étendue, cernée vers le nord par les hauteurs du Menez-Hom et s’en allant rejoindre l’infini de l’Océan sous la clarté pourpre du couchant, qui faisait flamboyer les lointains. Mollement caressées par ces lueurs de feu, les vagues ondulaient, berceuses, irisées de teintes changeantes tombées du ciel limpide, où s’allumait déjà une première étoile.
Arlette eut une exclamation :
— Dites, vous avais-je trompés ? N’est-ce pas plus beau encore à cette heure que tantôt ? Descendons jusqu’à la plage !… Voulez-vous ?
Ils la suivirent, dominés tous, — selon leur nature, — par le charme de cette admirable fin de jour, et ils s’arrêtèrent là seulement où les vagues venaient mouiller le sable, distillant dans l’air fraîchi leur vapeur saline, qui imprégnait les lèvres.
Arlette, elle, jouissait du spectacle avec toutes les fibres de son être enthousiaste et vibrant ; et, la voix un peu assourdie, elle dit à Guy, sûre d’instinct d’être comprise par lui :