— N’est-ce pas que c’est bon de sentir cette beauté ?… Oh ! regardez cette vague toute rosée… et si souple !… Et celle-ci ! Comme elle est majestueuse !… Elle a un véritable manteau d’or et d’argent, le manteau de Dahut…
— De Dahut ?
— La fille du roi d’Ys ! expliqua-t-elle avec un mouvement étonné des sourcils, à l’idée qu’il pouvait ignorer une légende qui lui était si familière à elle.
— Vous me raconterez son histoire ?
— Oui, tout à l’heure, en voiture. Maintenant, laissez-moi admirer bien à mon aise… Cela vous est égal d’attendre, n’est-ce pas ?
— Tout à fait ! dit-il, souriant de son accent de prière.
Il la regardait toute droite près de lui, les yeux étincelants, les lèvres entr’ouvertes au grand souffle pur qui venait du large et avivait de rose la blancheur dorée de son charmant visage. Il devinait dans cette petite fille l’existence d’un monde moral, à lui fermé depuis longtemps, un monde peuplé d’idées juvéniles, fraîches, toutes parfumées de poésie, adorablement naïves ; d’idées comme ne peuvent en avoir la plupart des petites filles de Paris, que la vie réelle effleure de trop près pour leur laisser entières leurs délicieuses ignorances ; des idées venant à celles-là seules qui vivent dans une solitude où le rêve voit toujours, pour lui, la porte grande ouverte.
Et un regret le prenait de ne pouvoir pénétrer un peu dans cet inconnu ; car ce devait être une chose charmante de fouiller, — oh ! délicatement, — dans cette pensée, dans cette âme neuves, plaisir qu’il ne goûterait pas davantage, puisque le lendemain il s’éloignait.
Après tout, mieux valait peut-être qu’il en fût ainsi… De la sorte, il n’aurait point de désillusion et pourrait conserver, de sa petite cousine bretonne, un souvenir parfumé, comme les senteurs du chèvrefeuille qu’elle portait à sa ceinture le premier jour où il l’avait vue…
— Eh bien, mes enfants, appela Mme Chausey, restée un peu en arrière, ne partons-nous pas ? Il commence à faire froid !