— J’ai bien vu ce que faisait ma belle-mère ; aussi…
— Aussi, vous ne voudriez pas vous marier !
— Certainement non ! Je trouve détestables et laids tous les hommes de Douarnenez, — sauf mon père et le capitaine ! et sauf les pêcheurs, que j’aime presque tous ! Et puis Mme Morgane dit que les hommes sont des menteurs, qu’ils rendent toujours leurs femmes très malheureuses, que ce sont des tyrans qui les font pleurer… Et cela, à cause d’Ève !!!
— Comment d’Ève ? questionna Guy, gagné par une irrésistible envie de rire.
— Mais oui ! Mme Morgane prétend que nous avons à expier sa désobéissance, nous autres pauvres femmes… Seulement, moi, je n’ai pas du tout envie d’expier !… C’est pourquoi je ne me marierai bien sûr pas !… Pourquoi riez-vous ? Est-ce que j’ai dit quelque chose de très ridicule ?… Ce n’est pas poli de rire ainsi des jeunes filles !
Elle avait cet imperceptible froncement des sourcils qui donnait une soudaine expression d’énergie à son visage mutin.
— Je ne ris pas de vous, Arlette, je ne me permettrais pas de le faire, répliqua, en hâte, Guy s’efforçant de redevenir sérieux… Je suis seulement un peu… étonné par les opinions de Mme Morgane sur la vie conjugale considérée au point de vue… expiatoire.
— Pourquoi ?
— Parce qu’elles sont assez… inattendues…
— Inattendues ? Ce n’est donc pas la vraie vérité, tout ce que dit Mme Morgane ?