— Eh ! c’est vous, Yves ? fit Mlle Malouzec, dont le visage s’éclaira d’un cordial sourire de bienvenue. Et elle posa son tricot pour serrer la main du docteur.
— Bonsoir, Catherine.
— Bonsoir ; vous avez bien fait d’entrer. Mon frère sera content de vous voir. Il se plaignait de n’avoir pas reçu votre visite aujourd’hui.
— Est-ce que son rhumatisme le fait souffrir davantage ?
— Le brouillard lui est mauvais, et il s’ennuie d’être prisonnier au logis. Les journées passées sans sortir sont interminables pour lui. Mais, en définitive, il a plus besoin de l’ami que du médecin.
Elle parlait d’une voix sonore que l’accent breton rendait guttural un peu ; et, la boutique laissée aux soins de la petite servante, elle traversa le couloir qui amenait à la maison, conduisant le docteur vers son frère.
Celui-ci, qui somnolait, sa jambe malade allongée devant la flamme du foyer, tourna la tête à leur entrée.
— Morgane, mon vieil ami, je commençais à croire que vous oubliiez votre pauvre invalide, comme Arlette, d’ailleurs, qui n’a pas paru, même une seconde.
— Arlette ne m’avait pas dit qu’elle viendrait. Elle n’aura pu sortir.
— Sans doute, elle aura été mise sous clef par son geôlier ! gronda le capitaine, qui ne parvenait pas toujours à dissimuler son antipathie prononcée pour Mme Morgane.