— Croiriez-vous, Catherine, que je ne puis encore m’imaginer que le désastre est réel ! Il me semble que je fais un mauvais rêve, que, tout à l’heure, je vais me réveiller et recevoir la nouvelle que je m’étais effrayé comme un enfant ! Que vous devez me trouver faible !

— Faible ! mon pauvre ami ! Ah ! si nos misérables désirs signifiaient quelque chose, que je voudrais, Yves, prendre pour moi votre épreuve nouvelle !

— Oh ! une épreuve terrible ! Dieu ! si encore j’étais certain d’avoir le temps de remédier au mal que j’ai fait !… Mais j’ai, moins que personne, la certitude du lendemain !

Une contraction crispa une seconde les traits de Mlle Malouzec.

— Yves, pourquoi vous êtes-vous obstiné à cacher que vous souffriez ? Pourquoi ne vous êtes-vous pas soigné… sérieusement, ainsi que vous le deviez ?

— Je me suis soigné ; mais, comme médecin, je ne puis m’illusionner. Je ne guérirai jamais. Toute la science du monde n’y peut rien. Je ne suis plus qu’une pauvre machine humaine tout usée, et j’ai le cœur atteint de telle sorte, que les mois, peut-être les jours, me sont comptés.

Il parlait avec une sorte de calme désespéré plus déchirant à entendre qu’une plainte ; et l’inexorable conviction qui était en lui entrait brutalement en elle aussi, y éveillant une douleur âpre qui lui meurtrissait l’âme.

— Cela, Catherine, je le dis à vous seule, parce que nous sommes de bien vieux amis et que j’ai en vous une absolue confiance… Et puis, il y a des moments où la force finit par manquer pour ne pas crier sa détresse, alors qu’on est sûr d’être écouté. Mais personne, à cette heure, ne doit rien savoir de l’aveu que je vous ai fait. A quoi servirait qu’ils sussent tous que je suis un condamné à mort ? J’ai votre promesse, Catherine ?

Gravement, elle dit, et ses lèvres tremblaient :

— Vous l’avez, Yves. Mais je crois fermement que vous êtes mauvais juge de l’état de votre santé, parce que vos inquiétudes au sujet d’Arlette ne vous laissent pas toute votre clairvoyance. Quoi qu’il arrive, je vous jure, comme mon frère l’a dit, qu’Arlette sera notre enfant. Soyez sûr que jamais nous ne la considérerons autrement. Que cette idée vous rende, s’il est possible, votre peine un peu moins lourde.