— Merci ! fit-il presque bas. Quel cœur vous avez, Catherine !

— Pourquoi ? Parce que j’aime votre enfant qui me donne l’illusion d’avoir, moi aussi, comme les autres femmes, un jeune être à chérir, avec tout ce que mon vieux cœur contient de tendresse sans objet ? Ah ! mon ami, ne me sachez pas gré d’aimer votre Arlette ! Elle m’a fait plus de bien que je ne lui en ferai jamais !

Elle s’arrêta brusquement, la voix étouffée.

Une flamme secrète transfigurait l’expression de cette grande figure énergique et laide.

Peut-être, en ce moment, eut-il l’intuition de ce que cette femme aurait pu être pour lui, s’il l’avait voulu. Peut-être eut-il la vision confuse de ce que serait devenu son foyer dévasté, si Catherine Malouzec y était entrée jadis, pour remplacer la jeune femme morte. Mais il n’eut pas un mot qui trahit la pensée jaillie obscurément en lui ; et, en silence, ils se séparèrent.

Le brouillard était devenu plus intense encore ; et les rares passants apparaissaient comme des silhouettes fugitives dans la brume épaisse. Devant l’hôtel Le Bihan, un groupe se tenait, faiblement éclairé par les globes lumineux de la porte d’entrée, et un bruit de voix s’en échappait. En approchant, le docteur distingua des visages connus ; sur tous était le même air de consternation. Il interrogea, le cœur battant à larges coups dans la poitrine :

— Qu’y a-t-il donc ?

— Ah ! c’est vous, docteur ?… Une mauvaise nouvelle, ce soir… La banque Le Goanec a suspendu ses payements…

— Cela est certain ?

— Mais oui, par malheur. Kergorian était à Quimper aujourd’hui ; et c’était une agitation dans toute la ville !!! Le Goanec est en fuite. Il était parti ouvertement hier matin et n’a pas reparu… Il y a beaucoup de victimes. Le Goanec était un véritable hypocrite… Il passait pour un dévot s’il en fût, et il tripotait ferme avec les fonds de ses clients…