La voix d’Arlette tremblait, car une crainte l’ébranlait toute ; mais il y avait une telle tendresse dans son accent, dans les yeux qu’elle attachait sur lui, qu’il en éprouva tout ensemble une joie et une douleur aiguës… Était-il donc si peu fort, qu’il se trahissait ainsi devant elle ? Par un suprême effort de volonté, il dit, s’efforçant de reprendre le ton ordinaire :
— J’ai eu aujourd’hui, en effet, de grands soucis, mon Arlette… Mais j’y remédierai ; ne t’en tourmente pas, chérie… Laisse-moi maintenant, j’ai beaucoup à travailler…
Et il trouva encore une ombre de sourire pour achever :
— Tu le vois, je n’ai pas même encore regardé mon courrier du soir… Veux-tu le mettre près de la lampe ?
Il parlait ainsi pour l’écarter et fuir la perspicacité de son regard aimant. Elle obéit, et, distraitement, du doigt, elle écarta les lettres posées sur le bureau. Une exclamation joyeuse lui vint :
— Ah ! père, une lettre de Paris ! de ma tante Chausey ; je reconnais l’écriture !
— Je la regarderai tout à l’heure… Va auprès de ta mère maintenant…
— Pour plier encore du linge ? Oh ! père… C’est tellement ennuyeux !… Et puis, ce que je fais n’est jamais bien !… Alors, il me faut recommencer. Cela m’agace… Et je suis grondée… Père, gardez-moi encore !
— Non, chérie, c’est impossible, fit-il de cet accent auquel jamais elle ne résistait. Sois patiente, ma petite enfant aimée… Sois patiente en pensant que je le désire…
— Oui, père.