— Je suis sûre que la voilà ! Je reconnais sa petite figure ! fit tout à coup une voix masculine bien timbrée.
En relevant la tête, Arlette aperçut un visage d’homme qu’elle n’avait pas oublié et qui lui souriait, émergeant d’un large col de fourrure.
— Mon cousin Guy !… Oui, c’est bien moi ! Aidez-nous à sortir de cette foule ! Je vais me perdre !
— Pas du tout ! dit-il gaiement, puisque nous sommes là maintenant pour vous garder. Louise, approche ; voici notre petite voyageuse avec Mlle Malouzec.
Fendant la presse, il attira derrière lui Arlette, étourdie de tant de mouvement, et l’enfant, sans savoir comment la chose s’était faite, se trouva entourée, caressée, embrassée par trois femmes, également élégantes et jolies, qui lui adressaient toute sorte de mots affectueux de bienvenue. Elle se laissait faire, répondant un peu au hasard, dans le trouble de cette première rencontre, entendant que Mlle Malouzec, elle aussi, parlait, et comprenant à peine ses paroles !
Quand elle reprit un peu conscience d’elle-même, elle aperçut devant elle ses deux cousines, séduisantes comme à Douarnenez dans leur costume d’hiver, puis sa tante, dont les lèvres s’entr’ouvraient sur de belles dents, pareilles à celles de Guy, qui luisaient justement entre ses moustaches, tandis qu’il la regardait de cet œil amusé qu’elle lui avait déjà vu en Bretagne.
— Petite Arlette, qu’avez-vous ? demandait-il en même temps. Comme vous nous regardez ! Est-ce que vous ne nous reconnaissez pas ?… Moi, je reconnais bien vos yeux, quoiqu’ils n’aient plus tout à fait leur même expression… Ce sont, pour le moment, des yeux de petite gazelle effarouchée.
— C’est effrayant tout ce monde, tout ce bruit ! dit-elle à demi-voix.
Elle avait l’impression de vivre en rêve, dans un rêve très fatigant.
— Elle n’en peut plus, la pauvre chérie, interrompit Mme Chausey. Et puis, elle doit être glacée après un pareil voyage ! Rentrons vite pour la réchauffer et la faire dîner. Guy, vois donc si l’on s’occupe de ses bagages. Tu les feras envoyer. Nous allons toujours partir…