Et, se tournant vers Mlle Malouzec, elle acheva gracieusement :
— Vous venez avec nous, mademoiselle. Nous vous enlevons aussi.
— Madame, vous êtes bien bonne et je vous remercie beaucoup. Mais je suis attendue…
— Attendue ? Oh ! mademoiselle Catherine, laissez-moi vous dire que vous avez tout l’air de me donner une mauvaise excuse !
— Et pourtant, madame, je vous dis la pure vérité. Je connais ici une femme de Douarnenez qui tient un petit hôtel ; je lui ai écrit. Elle m’a réservé une chambre pour ce soir. Excusez-moi si je ne vous accompagne pas, comme vous avez l’amabilité de me le demander, mais les vieilles plantes, pour se bien porter, ont besoin de n’être pas tout à fait dépaysées ! C’est déjà beaucoup, pour une Bretonne de mon espèce, de se trouver aussi loin de sa Bretagne.
Elle riait franchement, et elle était bien plus sincère encore que ne l’eût jamais supposé Mme Chausey. Le fait est qu’elle ne se fût pas du tout sentie à son aise, transportée dans l’atmosphère parisienne qui était celle de Mme Chausey et de ses filles. Elle achevait :
— Merci encore beaucoup, madame, de votre invitation. Si je ne vous dérange pas, j’irai demain voir la petite, qui est bien un peu mon enfant, puisque je l’ai vue pouponne !
Elle embrassa chaleureusement, sur l’une et l’autre joue, Arlette qui se jeta à son cou, puis serra la main des deux jeunes filles et de leur mère. Celle-ci, toujours attentive, dit aussitôt à son frère :
— Guy, tu accompagneras mademoiselle jusqu’à sa voiture. Nous allons regagner la nôtre. Tu viendras nous y dire adieu.
Courtoisement, il escorta Mlle Malouzec, qui s’en défendait, essayant de garder en main son vaste sac de voyage. Mais Guy insista avec tant de bonne grâce pour s’en charger, qu’elle dut capituler et en passer par où voulait ce grand garçon, qui avait l’air d’un prince, pensait-elle, dans sa pelisse de fourrure. Pour la première fois de son existence, elle se laissait traiter en dame et en oubliait un peu ses préventions contre « les messieurs de Paris ».