Lorsque Guy revint vers la voiture de sa sœur, les quatre femmes étaient déjà installées, et la forme mince d’Arlette se distinguait dans l’ombre du coupé, où sa blanche petite figure faisait une tache claire.

— Alors, Guy, à ce soir, n’est-ce pas ? demanda Mme Chausey. Tu viendras un instant avant d’aller aux Français ?

— Oui, sûrement.

— Mon cousin, vous ne montez pas avec nous ? fit Arlette des profondeurs de la voiture.

Et il y avait un imperceptible désappointement dans son accent.

— Hélas ! ma cousine, je ne dîne pas chez moi. Mais je ne manquerai point d’aller vous faire ce soir ma visite de bienvenue, savoir si vous ne vous déplaisez pas trop à Paris. Au revoir, Arlette.

— Au revoir, Guy, fit-elle, amusée de prononcer ainsi familièrement le nom de son beau cousin.

Il s’inclina en fermant la portière et salua une dernière fois comme la voiture s’ébranlait.

… Si, quelques heures plus tard, on eût demandé à Arlette ce qu’elle avait fait depuis sa sortie de la gare, elle eût été bien en peine de le raconter clairement, car il lui semblait, à partir de ce moment même, avoir été plus que jamais emportée en plein rêve. Dans son souvenir, elle gardait d’abord la vision confuse de rues nombreuses traversées par la voiture, garnies de maisons hautes et sombres ; puis de magasins très nombreux aussi ; d’un fourmillement de voitures et de silhouettes noires fugitives qu’on lui disait être des passants… Ensuite le coupé s’était arrêté. Elle avait monté un large escalier dont les marches disparaissaient sous un tapis souple au pied… Elle avait vu s’ouvrir devant elle une succession de pièces qui lui paraissaient dignes de figurer dans un palais, jusqu’au moment où la voix affectueuse de sa tante lui avait dit :

— Ici, chérie, tu es chez toi !