— … de Mme Morgane.
— De Mme Morgane ? Oh ! si vous saviez comme c’est délicieux d’être loin d’elle et de ne plus s’entendre gronder !
Elle avait parlé avec tant de conviction, que Charlotte éclata de rire. Aussitôt ses joues s’empourprèrent si fort, que sa cousine eut pitié d’elle.
— Je vous taquine, chérie. Et, pour m’échapper, vous voudriez bien vous réfugier, je suis sûre, vers le piano, qui paraît vous tenter ? Voulez-vous nous faire un peu de musique ? Ce serait tout à fait gentil de votre part !
— Oh ! non, pas ce soir… Je ne pourrais pas chanter ce soir, comme je le faisais d’ordinaire auprès de papa. Je ne pourrais pas ! Mais j’aurais tant de plaisir à vous entendre, vous !
— Moi, enfant, je n’ai pas touché mon piano depuis un nombre incalculable de jours. Quand on est fiancée, vous saurez cela plus tard, Arlette, on ne fait plus que des courses !
— C’est positif, insista-t-elle drôlement tandis qu’Alette l’examinait interdite, se demandant si elle plaisantait ou non. Mais Madeleine vous jouera tout ce que vous voudrez !
— Cela ne l’ennuiera pas ?
— Mais pas du tout, au contraire ! C’est une musicienne fanatique, à en juger par les heures d’étude qu’elle s’accorde chaque jour.
— Et je puis aller l’écouter dans la serre ? J’aime tant à entendre la musique sans voir d’où elle vient !