— Arlette, qu’avez-vous ?

— Je n’ai rien… J’écoute la musique !

— C’est la musique qui vous fait pleurer ? Pourquoi pleurez-vous ?

— Parce que je suis très sotte, fit-elle tamponnant en hâte son mouchoir sur les cils mouillés.

Il sourit, malgré lui, d’un sourire qui se perdit tout de suite sous sa moustache blonde.

— Ce n’est pas une raison, cela. Vous ne voulez pas me dire ce que vous avez ? Quelqu’un de nous vous aurait-il fait de la peine ? Ce serait bien involontairement. Nous étions tous si désireux de vous faire aimer votre séjour parmi nous !

La flamme un peu railleuse du regard de Guy s’était éteinte dans une expression de sollicitude affectueuse, et l’accent de sa voix était devenu très doux. Elle le devina réellement inquiet de ses larmes. Alors, son cœur se détendit un peu, et un faible sourire glissa sur ses lèvres tremblantes encore :

— Ne vous tourmentez pas à cause de moi ! Je vous assure que c’est stupide de ma part de pleurer ! Je ne suis nullement malheureuse au milieu de vous… Seulement… pendant que Madeleine jouait, je me suis mise à penser tout à coup à… la maison, à mon père ! Je me suis sentie si loin que…

— Que vous avez regretté bien fort de vous être laissé attirer hors de votre home. Pauvre Arlette ! Pauvre petit oiseau loin de son nid !

Elle lui paraissait tellement jeune dans la naïveté de son chagrin qu’en lui passa le désir instinctif de l’attirer comme on attire les enfants désolés pour les consoler sous les baisers qui apaisent. Mais il dit seulement de la même voix affectueuse :