— Arlette, ne pleurez pas, je vous en prie. Savez-vous que vous me remplissez de remords ?… Comme il faut que nous pratiquions mal l’hospitalité, pour que vous vous sentiez ainsi dépaysée parmi nous !

— Oh ! non, ne me croyez pas trop dépaysée ! C’est le premier moment ! Je ne suis pas encore habituée à n’avoir personne à qui dire tout ce que j’ai dans l’esprit, à qui parler de la maison !… Et puis aussi, j’ai peur de vous ennuyer tous ! Je me trouve tellement insignifiante et mal élevée auprès de mes cousines !

Elle parlait d’un accent de détresse si sincère que Guy n’eut pas la cruauté de sourire devant cet aveu ; il demanda d’un ton encourageant :

— Est-ce pour que je vous fasse des compliments que vous dites de pareilles choses ?

— Oh ! non ; c’est parce que je les pense ! Quand ma belle-mère me le répétait tous ces temps-ci, je ne la croyais pas. Mais maintenant, je ne suis plus brave du tout !… Je suis sûre que je vais faire beaucoup de sottises, d’autant que je ne peux demander à personne de m’aider à les éviter !

— Et moi, je suis bien certain, au contraire, que vous n’en commettrez aucune. D’ailleurs, si vous avez le moins du monde besoin de secours, n’avez-vous pas ma sœur et vos cousines ?

— Oh ! jamais je n’oserais recourir à elles !

— Pourquoi donc ?

Arlette baissa un peu la voix :

— Elles m’intimident trop ! Et puis, si elles me connaissaient comme je suis, elles n’auraient qu’à ne plus m’aimer du tout ! Je leur ferais peut-être l’effet que je produis sur Mme Morgane ! Madeleine surtout m’intimide. Elle est si raisonnable, si sérieuse, si douce… Tout le contraire de moi, enfin ! Quand j’aurai vécu quelque temps auprès d’elle, je crains qu’elle ne me trouve un vrai monstre !