Pendant que ma tante et Charlotte choisissaient, dans ce magasin, — pareil à une ville de marchandises, — une quantité de choses de toute espèce, j’employai tous mes regards à contempler les acheteuses, d’abord, habillées presque toutes comme personne ne l’est à Douarnenez, laissant sur leur passage un bon petit parfum ; à contempler aussi la multitude d’objets vendus dans ce magasin étonnant, des objets si jolis que j’aurais voulu les acheter tous !
Aussi quand ma tante, après avoir choisi une étoffe d’un adorable gris tendre, m’a dit : « C’est pour toi, Arlette. Puisque tu es ma fille, pour le moment, c’est bien le moins que je complète ton trousseau ! » j’ai été tellement ravie, que je l’ai embrassée chaleureusement en m’écriant qu’elle était un amour de tante, sans penser que nous n’étions pas seules.
Une dame, qui achetait près de nous, a pris aussitôt une mine si étonnée, que j’ai eu conscience de m’être comportée en jeune sauvage. Pour son compte, l’employé riait dans sa barbe et me lançait des coups d’œil discrets, mais curieux. Ma tante, elle, ne paraissait pas fâchée. Je lui ai chuchoté, confuse :
— Ma tante, pardonnez-moi d’être si ridicule !
Elle m’a répondu très gentiment :
— Les petites filles de ton âge ne sont jamais ridicules quand elles témoignent leur plaisir.
— Seulement, elles feraient mieux de ne pas le témoigner en public, n’est-ce pas ? ai-je fini.
Ma tante s’est mise à rire :
— A merveille ! Salomon lui-même n’aurait pas mieux parlé.
Et là-dessus, nous sommes remontées en voiture pour reprendre la série des courses qui absorbent complètement, en ce moment, ma tante et Charlotte, grâce à l’approche du mariage. Elles en sont occupées à lasser ceux qui, comme moi, n’ont qu’à les regarder faire ! Heureusement, elles ne paraissent pas épuisées du tout, bien que ma tante répète de temps à autre, d’un accent convaincu : « Je n’en puis plus ! »