— Vous l’étiez ?… Vraiment ? Comment le savez-vous ?

— Parce que le capitaine Malouzec me l’a dit… justement le jour où je lui déclarais que j’étais contente, autant qu’on peut l’être, d’avoir appris que je n’étais pas un misérable avorton !

Et avec effusion, j’ai fini :

— Et c’est vous qui me l’avez appris. Aussi, je vous en aurai une reconnaissance éternelle !

— Vous êtes mille fois trop bonne, ma cousine. Je ne mérite pas tant. J’ai simplement, par esprit de justice, voulu rectifier quelques opinions légèrement erronées de Mme Morgane sur ce point. Ne prenez pas la peine de me parler de votre reconnaissance, et faites-moi plutôt la grâce de me raconter vos premières impressions sur Paris.

Je ne demandais pas mieux. C’est si amusant de bavarder ! Je lui ai tout dit, mes opinions sur les écraseuses, sur les employés du Louvre, sur Mme Caroline et ses produits, sur les messieurs qui achètent les chapeaux de leur femme… J’ai demandé à Guy si, comme moi, il ne les trouvait pas ridicules dans ce personnage. Il m’a répondu par un « certainement » fort convaincu…

Comme nous nous entendons bien avec Guy ! Je voudrais qu’il fût mon frère, mon grand frère ; mais je garderais tout de même Corentin et Yves, que j’aime pour de bon !

14 novembre.

Mlle Catherine est venue me dire adieu. Elle repart ce soir. Je l’ai embrassée, réembrassée je ne sais combien de fois, comme si mes baisers pouvaient laisser sur son visage quelque chose de moi que vous sentirez, père chéri, lorsqu’elle ira vous voir de ma part.

Quand la porte est retombée derrière elle, j’ai eu un frémissement au cœur, me sentant seule, bien seule cette fois dans Paris, tout à fait séparée de mon pays breton…