— Oh ! mademoiselle ! Ce corsage fait à mademoiselle une taille de nymphe !… (Elle devenait poétique, Anna.) Mademoiselle est ravissante !!!

Je ne sais trop ce que je lui aurais répondu pour la remercier de sa bonne parole si, heureusement, maman n’était entrée.

Elle m’a lancé un coup d’œil d’inspection ; et puis elle a dit en m’embrassant :

— Voilà une petite tête qui est toute à la coquetterie, ce soir. Il vaudrait bien mieux qu’elle fût tranquille sur son oreiller !

Comme les mères voient ces choses-là !

J’étais un peu honteuse d’avoir été si sotte, mais je sentais que, maintenant, mon accès de coquetterie était passé, et je commençais à m’habituer à être en apparition…

Papa déclare que la soirée a été très belle et très ennuyeuse ; moi, j’ai trouvé tout charmant !

M. et Mme Roland recevaient à la porte du premier salon ; c’étaient des saluts, des présentations, des compliments ! Cette pauvre Mme Roland devait être bien fatiguée d’avoir si longtemps le même sourire aimable sur les lèvres ! A sa place, quel plaisir j’aurais eu à me lâcher, une fois mon dernier invité disparu !

Germaine était rayonnante ; toujours au bras de son dragon à qui elle ne disait plus : « Ah çà ! monsieur, quelle espèce d’homme êtes-vous donc ? » et lui la regardait d’un air si heureux !

Une quantité de militaires à cette soirée. Ils étaient très meublants !… En général, c’était surtout le buffet qu’ils meublaient. Oh ! et les civils de même !