Les parents se parlaient avec des sourires vagues et du sommeil dans les yeux…

Mais nous, les jeunes filles, nous étions très réveillées ; nous causions, nous nous faisions présenter l’armée française, qui, elle, ne nous traitait pas en petites personnes insignifiantes !

Ainsi, un jeune sous-lieutenant, tout frais émoulu de Saint-Cyr, après m’avoir dit d’un accent convaincu qu’il enviait le sort de son ami, M. d’Auberive — aurait-il donc voulu aussi épouser Germaine ? — m’a demandé si je me plairais dans une ville de garnison autre que Paris. Et il m’a assuré qu’Amiens, où il est caserné, était une résidence charmante.

Je lui ai vite répondu que la vie de province me semblerait un « enterrement » !

Il a paru si consterné que j’ai eu un vague remords d’avoir été trop franche.

Sans compter mon « enterrement », qui était une métaphore — est-ce ainsi que cela s’appelle ? — bien hardie ! Qu’en aurait pensé M. Chambert ?

16 décembre.

Cette bonne Germaine goûte maintenant de la vie conjugale, depuis deux jours !

La cérémonie a été très brillante. Les fiancés sont arrivés un peu tôt : à midi trente-cinq. Comme j’avais beaucoup pressé maman, nous avons pu être avant eux à l’église, mais bien juste. Vraiment, ils n’étaient pas assez en retard : trente-cinq minutes sont insuffisantes pour laisser aux déjeuners le temps de s’achever…

Au moment où ils entraient, le ciel, gris toute la matinée, s’est éclairci, de sorte qu’ils ont fait leur apparition au milieu d’un rayon de soleil ; c’était très joli et très gai !