Dans le fond du cœur, je me mets à les maudire, car les visites de jour de l’an !… oh !… Je le regrette bien maintenant ; mais je ne pouvais pas deviner ce qui allait se passer.

Nous arrivons chez Mme de Simiane où il y avait, comme à l’ordinaire, beaucoup de monde.

Mme de Simiane est une des plus anciennes amies de maman ; elle est très bonne et fort intelligente ; elle connaît toutes les célébrités de Paris : artistes, écrivains, couturières, pâtissiers, prédicateurs, hommes politiques, etc. ; et elle laisse volontiers voir qu’elle les connaît…, surtout les célébrités que l’on reçoit.

Elle possède un fils dont elle est très fière, un grand garçon gauche qui a toujours des prix au concours général ; deux petites filles, jolies et fines comme des vignettes anglaises, et un mari très bon, mais dont le caractère varie avec le cours de la Bourse, « car il est un des rois de la finance », dirait la baronne de Charmoy.

J’aime beaucoup Mme de Simiane… Et encore plus depuis cette après-midi… bien qu’en réalité elle n’ait été presque pour rien dans mon plaisir.

On nous annonce donc dans le salon. Il se fait un mouvement, tous les hommes se lèvent, les dames saluent, car maman est une manière de grand personnage… Moi, je représentais le mari de la reine !

Mme de Simiane m’embrasse.

J’entrevois un monsieur qui m’avance un fauteuil ; je lève le nez pour le remercier, et je reconnais… M. Chambert, M. Michel Chambert !

Je sens que je deviens rouge comme une fraise ; heureusement le jour tombait, et les lampes n’étaient pas encore allumées… Il ne ressemblait plus du tout à un sévère professeur ; c’était un homme du monde distingué, élégant même ! Et puis, il avait l’air bien plus jeune, et ses yeux n’étaient plus ni si intimidants, ni si sérieux !

Mme de Simiane le présente à maman, qui est très aimable et lui dit combien elle regrette de n’avoir pu encore aller écouter ses conférences, etc.