Moi, j’étais dans le vague ; il me semblait rêver, et ce nom de Michel me bourdonnait aux oreilles… J’avais beau me gronder, me répéter que j’étais absurde, que c’était bien le moment de me montrer personne d’esprit pour relever les jeunes filles dans son estime ; rien, je ne trouvais rien ! Il ne me venait à la pensée que des phrases sottes !…
D’un mouvement machinal, je regarde en face de moi, comme si j’allais y rencontrer l’inspiration, et je m’aperçois dans la glace à côté de lui…
Eh bien ! vraiment, avec mon costume vieux rouge, mon grand chapeau Gainsborough, je n’avais plus l’air d’une petite fille ! J’étais même très… agréable !
Quand je vois cela, le courage me vient un peu ; et comme maman disait à M. Chambert qu’il m’avait réconciliée avec les cours, une belle phrase me traverse l’esprit. J’allais la placer. Par malheur, il se tourne de mon côté ; je rencontre ses yeux… voilà ma belle phrase envolée ! et, sans réfléchir, je m’écrie :
— Oh ! c’est vrai, monsieur. J’aime infiniment vos conférences parce qu’elles me rendent plus intelligente !
Ce que je venais de dire n’était pourtant pas extraordinaire, tout le monde se met à rire ; lui aussi. Mais il ne paraissait pas se moquer de moi, et il me répond avec ce sourire qui lui donne l’air très jeune, sourire dont il ne nous gratifie jamais ; au cours :
— Je serais fier de mériter un semblable compliment ; mais je n’ai vraiment pas le droit de l’accepter ! Tout au plus, puis-je vous apprendre, mademoiselle, à mieux jouir de votre intelligence.
J’ai secoué la tête, mais sans répondre, parce que j’avais peur de dire encore quelque chose de drôle.
La conversation est redevenue générale. On a félicité M. Chambert de son dernier roman, qui n’est pas pour les jeunes filles, mais qui a l’air fort au goût des parents ; car ils en parlaient avec une chaleur !… de ses « portraits de femmes » dans la Revue parisienne, qui sont, paraît-il, si bien dessinés et si ressemblants, que toutes les dames, ont à la fois grande envie et grand’peur d’être croquées.
Un monsieur bavard et curieux lui ayant demandé s’il comptait les faire suivre d’études sur les jeunes, filles, j’ai été prise de la crainte que nous ne lui servions de modèles au cours. Et, comme tout le monde causait, je lui ai dit, à lui seul, un peu bas, pour ne pas encore provoquer de rires :