Papa était toujours dans la politique ; il entend d’une manière vague et il me répond :
— « La Femme de devoir ?… » Certainement. Mgr Dupanloup a dû écrire de belles pages sur ce sujet. C’est une excellente lecture, Paulette.
Papa n’était pas du tout à la question ! Mais, tant pis ; c’était par trop tentant !
Je me dis :
— Si maman arrive, je lui raconterai tout.
Et je me plonge dans l’article en me répétant, pour tranquilliser ma conscience, que je le parcourrai seulement, et que, s’il n’est pas convenable, je m’arrêterai…
Eh bien, j’ai tout lu ! Mieux que convenable, il était si beau, que plus j’avançais, plus je me faisais l’effet d’un petit monstre — moi qui trouve la vie si facile et si charmante ! — comparée à cette femme que M. Chambert montrait simple, tendre, courageuse, toujours souriante dans une existence qui me ferait sécher d’ennui !
Et j’aurais voulu avoir aussi des responsabilités, des sacrifices, des dévouements en perspective ; je ne sais quoi enfin ! pour être aimée et estimée comme elle…
Je sais bien que l’on m’aime ! mais ainsi qu’une bonne petite créature amusante, incapable d’être prise au sérieux !… Et M. Chambert, lui-même, j’en suis sûre, me juge de la sorte.
C’est juste, mais c’est humiliant ! Et je ne veux pas rester une enfant toute ma vie comme Alfred de Musset, dont il était question dans notre dernière conférence ! Et je veux devenir, moi aussi, une femme sérieuse !