— Ah ! c’est déjà l’effet de Mgr Dupanloup ! a-t-il dit.

Maman ne comprenait pas bien, mais je n’ai pas cru devoir trop l’éclairer sur les causes de ma conversion… Elle me verra à l’œuvre !

4 février.

L’Épatant a ouvert ses portes.

Comme toute femme qui se respecte doit assister à « sa première », maman y est allée, moi aussi. Naturellement, elle n’a pas vu les tableaux ; ce n’est pas, du reste, pour cela que nous nous y trouvions. Et pourtant, il y a de bonnes gens consciencieux qui y viennent avec cette intention ; ils se pressent, ils s’étouffent, ils deviennent pourpres, afin d’entrevoir vaguement, pendus au mur, des dames de tous genres, des fleurs, des militaires, des bêtes, etc. Ils ne sont pas « dans le mouvement », ces bonnes gens, sans quoi ils sauraient qu’à l’ouverture de l’Épatant, on ne va pas voir, mais se faire voir.

Nous avons fait pour la forme le tour de la salle, recrutant à chaque pas des personnes de connaissance. Puis nous avons été tous nous asseoir à l’entrée, pour regarder le coup d’œil qui est toujours le même : des petites femmes très gentilles, les yeux brillants sous une imperceptible voilette, les cheveux, en général, d’un blond… chaud qui contraste bien avec le velours sombre des chapeaux.

Elles circulent, le manteau à demi rejeté en arrière, de façon à dégager les épaules, escortées par de vieux diplomates à barbe grise, corrects et souriants, par de petits jeunes gens roides — genre anglais — et d’autres très gesticulants — genre français.

Et en haut, à leur balcon, les membres du Cercle regardent, comme les dieux de l’Olympe, tous ces simples mortels et mortelles qui tournent sur eux-mêmes dans un vague parfum de poudre de riz, au milieu du murmure des conversations où il est, quelquefois, question de peinture et plus souvent d’autres choses. Pourtant, de temps à autre, on entend :

— Oh ! regardez donc, ma chère, ce Flameng est adorable !

Ou bien :