— Et ce Besnard ! Il est inouï ! Quelle richesse de couleur !

Et d’autres exclamations du même genre.

Pendant que nous étions bien installées à regarder les arrivants, nous avons envoyé nos cavaliers faire une reconnaissance dans la salle afin que nous puissions, nous aussi, parler du Flameng « adorable » et du Besnard « inouï ».

Près de nous, se trouvait une famille qui, certainement, était venue pour toute autre chose que pour la peinture… Il s’agissait, bien sûr, d’une présentation ; car il y avait là — l’air solennel et pénétré — le père, la mère, la grand’mère, la petite sœur et la jeune personne en question ; tous en toilette, mais des toilettes du Marais. La jeune fille avait une plume blanche à son chapeau, comme Henri IV, et des gants marron… Oui ! elle avait des gants marron, marron foncé !… pour une présentation !

Ils se sont levés d’un commun accord en voyant arriver une respectable dame, suivie d’un gros monsieur très rouge, et appuyée sur le bras d’un jeune homme frisé, comme s’il allait faire sa première communion.

La jeune fille au panache blanc était devenue toute rose, elle adressait des saluts au père, à la mère, au fils… Après force cérémonies, ils se sont tous casés. Mais les deux jeunes gens paraissaient si intimidés qu’ils me faisaient pitié. Heureusement, elle a laissé tomber son manchon, il s’est précipité pour le ramasser, elle aussi : ce mouvement sympathique a rompu la glace…

Je n’ai pas pu continuer mes observations parce que nos éclaireurs revenaient avec des renseignements ; ils nous ont assuré que le succès du Salon était pour le portrait de Mme H… par Carolus Duran. Aussi, dès que Jeanne est arrivée, je lui ai dit de confiance :

— Tu sais, chérie, il faut que tu voies le Carolus Duran. Il est splendide !

Jeanne m’a demandé, en me regardant :

— Tu l’as vu ? de tes yeux vu ?