Je me suis mise à rire, tant son visage était malicieux.
— Ce sont les yeux de ces messieurs qui ont admiré pour moi…
Jeanne m’a lancé un coup d’œil triomphant, car elle était fière d’avoir deviné si juste.
A ce moment, comme je recommençais l’inspection des nouveaux venus, je vois entrer qui…? M. Chambert, avec un monsieur et deux jeunes femmes. L’une d’elles était sa belle-sœur ; je la reconnais tout de suite, d’après le portrait que j’ai vu chez Mme de Charmoy ; et tout de suite, aussi, je me rappelle que je veux devenir une femme sérieuse. Jeanne n’avait rien remarqué. Je lui dis :
— Demande à ton frère de nous accompagner au Carolus Duran.
(Son frère est un très gentil garçon qui a fait son droit au temps jadis et aujourd’hui conduit très bien les cotillons ; il ne plaide jamais, mais il joue très bien la comédie.)
Jeanne transmet ma requête. M. Landry se lève immédiatement, et, chose rare, les mamans ne font pas trop de « mais », sur notre promesse de revenir vite.
Rien ne m’était plus égal, une fois que M. Chambert m’aurait vue !…
Je regarde de quel côté il se dirige ; et, sans que ni Jeanne ni M. Landry s’en doutent, j’opère une si savante manœuvre, que nous arrivons à un tournant juste en face de lui…
Il nous reconnaît toutes les deux, Jeanne et moi ; il nous fait un grand salut très respectueux en me regardant, moi, plus qu’elle, — et pourtant Jeanne est très jolie ; — et nous passons…, quand j’aurais trouvé si agréable de m’arrêter !