J’ai vu le mouvement de Mme Raoul Chambert, demandant qui nous étions. J’aurais bien voulu entendre sa réponse… et bien voulu aussi être cette dame qu’il accompagnait et avec laquelle il causait.

Pourtant, j’étais déjà contente de l’avoir rencontré, et je l’ai été encore davantage quand M. Landry, qui connaît tout le monde, a dit :

— C’est un charmant garçon que Chambert !… Si intelligent, et pas du tout poseur !… Il est rudement lancé maintenant, il ira loin !…

Jamais je n’avais trouvé Georges Landry si agréable. Et j’étais mille fois plus joyeuse d’entendre ainsi parler de M. Chambert que de recevoir un compliment pour moi… Et pourtant j’aime bien les compliments quand ils ont l’air d’être sincères !…

Comme j’étais tout à fait redevenue une femme sérieuse, j’ai demandé à Jeanne si nous ne pouvions pas regarder un peu les tableaux par nous-mêmes. Elle a dit « oui » très volontiers ; d’autant plus que se promener sans nos mères, escortées seulement par son frère, l’amusait beaucoup aussi.

Par malheur, nous avons fait notre revue avec un peu trop de conscience, si bien que notre tour s’est prolongé, et, en revenant, nous avons été grondées.

Maman, surtout, paraissait très mécontente et n’a pas voulu comprendre que nous avions examiné toutes les toiles par raison, non pour notre plaisir.

12 février.

Jamais, non, jamais je ne deviendrai une femme sérieuse ! Quand je pense à ce qui s’est passé aujourd’hui au cours, j’ai envie d’aller me jeter dans un couvent… sombre et humide !…

Mais M. Chambert est bien de moitié dans ma sottise.