— Oh ! monsieur, ce n’est pas la peine de rien me demander. Si vous m’interrogez avec cet air agacé, je ne pourrai jamais vous répondre !

Ma phrase n’était pas achevée que j’avais la conscience d’avoir dit une énormité ! Et j’aurais voulu me voir à Pampelune, à Chandernagor, n’importe où !… pourvu que ce ne fût pas dans cette salle de cours, au milieu de ces cinquante personnes !… sous son regard à lui !

Il y eut d’abord un moment de stupeur ; puis, comme une traînée électrique, un rire fou courut dans toute la salle.

Je me hasardai à le regarder… lui ; il riait aussi, et si franchement que cela me mit un peu de baume dans l’âme… Son visage avait cette expression jeune et gaie que je lui avais vue chez Mme de Simiane. Il reprit son sérieux le premier et il dit à Charlotte :

— Je vous demande pardon, mademoiselle, de vous avoir ainsi tourmentée… C’est moi qui ferai cette analyse que je vous demandais, en effet, d’une façon bien impromptue !

Il paraît qu’il l’a admirablement faite ; mais je n’en ai rien entendu, bien que j’aie écrit des pages de notes pour cacher ma confusion.

Quelle idée il devait avoir de moi !… Et maman, qu’allait-elle dire ?… Et cette histoire qui ne pouvait manquer de courir tout notre cercle !… Mon Dieu ! mon Dieu !

Si encore il m’avait été possible de m’excuser !… Mais non ! Je devais rester indifférente, tranquille à ma place.

A la sortie du cours, Charlotte s’est jetée à mon cou :

— Que vous avez été gentille de venir à mon aide ! Quelle idée de m’interroger ainsi ! Pour rien au monde, je ne lui aurais dit un mot… J’avais envie de le battre !