— Je n’ai pas été gentille du tout… C’est pour mon compte que j’ai répondu… et j’en suis même bien fâchée !
Toutes mes amies se sont écriées que je méritais beaucoup d’éloges pour ma bravoure… Mais j’étais au contraire bien honteuse d’avoir agi comme un bébé, moi une future femme sérieuse ! et quand je désire tant qu’il m’estime…
Nous étions sous la grand’porte, miss Emely et moi, attendant la voiture qui s’approchait. Il pleuvait. Je ne pouvais pas ouvrir mon parapluie ; tout allait mal dans ce jour néfaste.
A ce moment, apparaît M. Chambert qui sortait aussi. Il était tout près de moi, me saluant. Je ne sais quelle idée me vient ; j’abandonne mon parapluie, et je lui dis très vite — sinon je me serais aperçue que j’oubliais les convenances et je n’aurais plus osé :
— Monsieur, j’ai été très peu polie ! Ne m’en veuillez pas, je vous en prie ! Si j’avais réfléchi, je vous aurais adressé une phrase beaucoup plus convenable.
Il s’est mis à rire gaiement, et a répété :
— Une phrase plus convenable, mais qui aurait voulu dire la même chose, n’est-ce pas ?… J’avais donc l’air bien impatient ?… non, agacé ? J’en suis très fâché, je vous assure.
— Vous étiez détestable, ai-je répondu étourdiment.
Il avait toujours son beau sourire, à la fois brillant et sérieux :
— Alors, il me faut vous promettre de ne plus vous interroger ?… Chaque fois que nous nous trouverons ensemble, il est écrit que vous obtiendrez de moi une promesse !…