Je suis devenue rouge de plaisir. M. de Boynes me regardait ; il avait l’air impatienté de me voir ainsi causer avec M. Michel, et il a dit à Jeanne, qui soutenait avec ardeur la cause d’une coiffure Marie Stuart :
— Demandez à Mlle Paule ce qu’elle pense de la question.
Je ne savais pas du tout de quoi il s’agissait, mais j’ai répondu avec enthousiasme :
— Je trouve que c’est extrêmement joli.
Jeanne, enchantée, a continué la discussion.
M. Chambert et moi, nous avons repris notre causerie ; je m’efforçais d’être bien tranquille pour que maman ne songeât pas à m’appeler de son côté.
Il me paraissait si étrange et si charmant de pouvoir ainsi parler avec lui, mon maître, qui m’intimide tant au cours !
M. Chambert avait entendu maman dire que je m’intéressais à la « Bible devant la Science » ; et cet intérêt avait l’air de lui sembler très extraordinaire.
— Mais je suis beaucoup plus raisonnable que vous ne le croyez ! me suis-je écriée bien vite. Et même, je lis, en ce moment, un ouvrage très, très sérieux, un « Choix des lettres de Mme de Sévigné ».
Un éclair de gaieté malicieuse a passé dans son regard ; et il m’a semblé tout à coup le voir au cours, rendant compte de nos humbles résumés littéraires, qu’il dissèque impitoyablement avec une parfaite politesse.