— Pauvre Mme de Sévigné ! De quel ton vous parlez d’elle !… Il semble que vous l’ayez trouvée très, très ennuyeuse !

Il avait si finement imité mon accent, que je n’ai pu m’empêcher de rire.

— Que vous êtes moqueur ! lui ai-je dit, moitié fâchée, moitié amusée. Assistez une fois à l’une des conférences de l’abbé Dubors, et vous verrez si j’ai peur des sujets graves !… Tous nos amis y viennent. Nous nous retrouvons après la messe ; c’est très agréable !… J’aime presque autant ces sermons-là que vos cours… pas tout à fait, pourtant ! ai-je rectifié. Je sentais bien qu’à mes yeux les deux conférences n’avaient pas absolument le même intérêt.

Je ne sais pourquoi, au premier moment, il n’a pas paru flatté du rapprochement. Mais cette impression n’a pas duré ; et comme il me faisait compliment de ma sagesse, je lui ai raconté que je la lui devais et lui ai parlé de la « Femme de devoir ».

Mon récit l’a fait rire ; mais après, il m’a dit, presque gravement :

— Vous ne devez pas lire ainsi les articles de la Revue parisienne ; ils ne sont pas écrits pour vous !

C’était mon tour d’être un peu effarouchée ; pourtant, la première seconde d’étonnement passée, j’ai trouvé bon de sentir qu’il s’intéressait à moi ; et je lui ai expliqué que je ne lisais jamais rien sans la permission de maman. C’était par hasard, cette fois-là…

Jeanne, qui avait enfin fait triompher Marie Stuart, m’a glissé à l’oreille :

— Laisse-nous-le un peu !

— Quoi donc ?