— Il est impossible de vous dire « non », mademoiselle, m’a répondu M. de Ternau avec un sourire qui ressemblait à un compliment.

Nous nous sommes tous assis.

Je me trouvais près de papa ; mais lui aussi était près de moi !

Nous avions vraiment un petit air de famille ainsi… C’était bon ! Tout me paraissait charmant : le buffet, les garçons, les tables, le public ! Et j’ai mangé ma glace sans m’apercevoir qu’elle était au citron… Et je le déteste à l’ordinaire…

M. Michel ne me parlait presque pas ; il causait surtout avec papa et avec M. de Ternau. Mais cela m’était bien indifférent, puisqu’il promettait de venir au dernier mardi de maman ; qu’il n’était pas avec Mlle d’Alvaro et ne partait pas encore pour le Tyrol…

Je tâchais aussi de voir si Georges Landry avait dit vrai ; si réellement il s’intéressait un peu à moi… Mais je ne découvrais pas grand’chose !

Papa s’est levé et m’a demandé si je désirais faire un tour dans la sculpture…

Certes oui, je voulais ! puisque M. Michel et M. de Ternau allaient nous accompagner.

Au lieu de regarder, papa s’est lancé dans une grande conversation politique à propos d’une maladresse que vient de faire un ministre. Je ne vois pas pourquoi il s’indignait autant ; il y a toujours ainsi une certaine somme de sottise qui flotte dans l’air ; chacun en prend sa part, les ministres comme les autres.

Mais j’ai très volontiers laissé papa à son indignation, parce que, pendant ce temps-là, je possédais M. Michel pour moi seule.